20.04.2003

Ombre.

medium_collage44.jpgJe resterais des heures entières à rédiger ce que m'inspirent les ombres en fuite au passage de la lumière qui peint l'heure bleue : la première heure du jour. 

Il m'a toujours semblé vivre un moment privilégié quand le soleil apparaissait. "Demain, dés l'aube, à l'heure ou blanchit la campagne...." est la première phrase d'Hugo dont je me souvienne parfaitement. Comme s'il s'inscrivait quelquechose de précieux dans la mémoire à la lecture d'une phrase consacrée à la description d'une sensation, d'une impression. C'était il y a longtemps : le Siècle passé. Pourtant aujourd'hui comme à chaque lever du jour je suis, avec d'autres, imprégnée de cette phrase. Imprégnée de chaque lever de soleil vécut seule face au ciel, seule face au déploiement des couleurs, seule face à l'envol de la lumière. Je ne revendique pas cette solitude pourtant je la choisit par pur égoïsme, par pur besoin de ressentir la liberté d'être, de penser, de rêver que cette solitude accompagne. Ce luxe, car c'en est un, est un de ceux dont je m'offre l'entière jouissance en dépit des aléas de la vie. Parfois dans cette solitude silencieuse, j'écris. Ce n'est pas très important. C'est un peu une manière de grapher les murs du temps, de dessiner pour occuper ses mains, comme on jardine des serres intimes, comme on entretiendrait son propre espace.

Parfois je t'écris...Des phrases mêlées de rêveries, mêlées de couleurs ou de sons. 

Je me perds en conjoncture.  Le silence a cela d'envahissant qu'il n'est jamais le maître de nos mots, juste de nos respirations. Et la tienne me rend fragile. Je tremble et j'espère comme une enfant dont le regard fixe ne se trouble plus. Fixe un amour. Je fige un roman d'eaux dormantes, émouvantes et troubles comme un récit d'adulte. C'est la punition des rêveuses, elles se perdent en conjonctures. Fragile d'insupportables tensions posées sur le bout de la langue comme les amours de Bashung  lorsqu'il se dore à l'endroit à l'envers , ( morte et de vipères, et famillières!) Je chute dans les bras de ton ombre. Je te vois au loin. Je chute au loin. L'écho n'envoie aucun son. Juste un éclat dans le regard d'un passant. Une lumière d'acier fugitive.

Fugitive. 

Passion : fruit pressé dont le jus coule entre nos lèvres disjointes. L'exil est choisit. 

.................dans la pénombre de tes regards je m'en vais en exploratrice soulever des monceaux de poussières et naviguer dans l'eau que mes récits font affleurer........................;l'eau des rives infernales de ma dérive qu'aucune herbe n'accrochent plus  tant elles brûlent d'impatience, ces rives, de sentir mes pieds nus contre leur sol meuble. Tu trembles et tu espères : tes yeux immobiles

Je suis avec attention les mouvements troubles de ces étoiles froides. Je rejoins l'ombre et telle l'épingle je me fixe fragile dans la toile tendue d'espace.........................................................bientôt le jour se lèvera à nouveau sur nos yeux envahis d'ombres en fuites.................................;avec délicatesse ta main restera posée sur un moment précieux avec lequel tes doigts joueront une étrange partition, mêlée de sons, d'odeurs, et de couleurs.

Une partition déployée au firmament que je pourrais contempler à loisir, que je pourrais longuement explorer .................avec la certitude qu'il existe un trajet invisible qui nous dissimule aux yeux de tous.

19.04.2003

Escale.

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Et ce soir...
plus tard qu'un autre
je m'étends sur la fumée grise de ta cigarette.


II
Le vent, le souffle est peut-être celui qui me fait tanguer au gré du roulis susurré par celle qui claque éternelle contre la blancheur des dents, à l'intérieur repliée en lacets d'un cuir rouge sombre, la langue domptée.


III
Je rêve tes pas peuplés d'attentes
en nos retrouvailles prêtes à se jeter.
Tes bras tendus contre la ligne des mots         
qui m'insufflent des marées hautes,           
des marées basses.


IV
Et toujours j'entends sonore
rouler la langue de molière
enserrée dans sa chair.

 

V

Et toujours je vois ton visage

amarré
à cette ancre qui sonde

le soir.

à cette langue aimante qui sonde nos silences,

nos dernieres envolées d'éternité, nos derniers regards.

Toujours

VI

Je sais l'étrange recours offert par le langage et ses volutes grises, le souffle et ses pierres d'eau trouble, le son d'un silence eternel aussi marquant qu'une trace de pigment rouge au coin d'une rue,

VII

toujours....

à l'intérieurs de nos villes de souvenir, j'évoque le soir soufflant ses volutes d'ennuis au grés de nos respirations passagères...

Toujours

VIII

Ce voilier est notre favori, celui qui nous emporte au loin, ne nous retiens pas, ne nous oblige plus à

demeurer  le spectateur hébété d'autant de vilenie.   

            IX                   

L'oubli roule ses pierres salées contre nos pavillons repliés; entrent en nous, suaves, enmêlés, les accents de nos voix libérées; nos propres voix étonnées.

X

 

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18.04.2003

Repos

medium_collage35.5.jpgTout se tait.

Au loin respire, la terre,
Se soulèvent les ventres, de pierre,
se tendent les horizons, d'ocre mourant.

Au plus prés de ta poitrine tendue,
d'où s'exhale le parfum acre
des sucs d'épineux, je viens me reposer!

Minutes d'ombres portées, allongées sur le sol, étendues devant nos silhouettes, en plein regard. Minutes de soleil couchant, de traces de lumière dorée dans les cieux interdits, ceux qui se dissimulent déjà dans les plis sombres d'une nuit en action. Territoire, nous t'observons, à l'orée de tes yeux, nous glissons; observateurs figés, d'une minute à une autre. Face à face. Nos visages tendus, parfaitement lisses, absorbent l'épaisseur du silence qui t'entourent.

 " seconde ennivrée,  ombre empoisonnée "

Au loin reprennent leurs souffles : les arbres, les forêts.

S'entrouvent les gorges aux offrandes de nuit.

Les monts éclaboussés de lune portent leurs sommets vers la lumière nue.

Tout repose.

Ma respiration suit le cours de la rivière.

Elle reprends sa place dans les méandres du silence apaisé.

"Pas si simple d'approcher les terres de l'Olympe quand les cerbères veillent aux portes....." *

Tout se tait.

Fragiles et illusoires traînent nos derniers souvenirs en nappes lourdes :

Drapés dans leur inconscience nos regards errent en quête de lumière.

Au sol dissimulés par les herbes longues, me reviennent à la bouche des odeurs de foin d'étés.

Au col j'ai l'ombre de ta bouche qui traîne aussi, une odeur de passé, à présent dissimulée par les herbes hautes. 

Quand tout se tait ce que l'on voit est si absent, si fragile qu'il faut du temps pour le comprendre,

du temps pour poser des mots sur toutes ces ombres, tous ces glissements infîmes.

Quand tout se tait retrouvent leurs places chacunes de ces lucioles.

*La nuit cernée par autant de lueurs animales, seuls points de repères dans l'obscurité. La nuit est fermée à ceux qui vivent. Elle ruisselle sur les tombes des visages miroitants, exacerbant l'odeur acre des terres retournées, exigeant de tous une accuité extrême...L'excellence est notre gilet de survie; la discrétion, le chemin par lequel disparaître* fin de parenthèse.   

 

17.04.2003

Amour infidèle.

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 Vous qui savez où se trouve l'orée de mes nuits, 

je vous voue un culte absolu.

Je dédie chaque minute

de mon existence

aux jeux que vous inventez, aux larmes que vous suscitez, aux coeurs que vous levez.

Amour, vous êtes l'infidèle.

Et la musique qui vous anime, me transporte.

Aux larmes que je verse au ciboire que vous tendez,

j'aimerais ajouter un peu de vin,

un peu de sel,

un peu de sang frais aussi.

Qu'à vos lèvres enfin

perle

cette... sueur divine.


 

13.04.2003

Contre-temps.

Inscription

chair 
contre
le temps
froid
courbes assoupies
!

Soeurs.

 

Un jour j'ai eu envie d'écrire une histoire d'eau. J'aime l'eau. Je crois en elle. L'eau m'attire.
Elle reçoit les jours d'orages, baigne les jours de grand soleil, calme les nuits de peurs. Assise sur ses crêtes sombres, j'ai voyagé parmi milles contrées, parmi milles paysages délavés par les eaux des cieux. Entre larmes et bénédictions, entre don et pardon, des litres d'eaux ont glissés sur ma peau. Je m'y suis baigné des dizaines de fois alors que blessée je m'éteignais. J'ai soigné mes plaies dans ces eaux, dans l'eau piquante et salée ou bien dans celle fade d'une eau de source...
Eaux mêlées de terre, de petits graviers, de couleur vert sombre ou turquoise comme une piscine d'été chlorée, eaux sombres ou claires, profondes ou ondulant légèrement comme un tissu moiré, eaux enfin ou j'aurais aimé me perdre à l'infini...

 

 

Sur la margelle du temps jadis.


Deux gouttes d'eau jouent à s'oublier.
L'une se substitue à l'autre...
Mais jamais ne se voient...Jamais ne se touchent...De la vie à la mort...De l'existence au néant...

Sur la flaque humide,
L'une puis l'autre s'éteignent en musique..
Au son cristallin de la goutte qui éclate.
Sur la margelle du temps jadis...

A la rencontre de l'une, les larmes de l’autre se dispersent en milles sœurs infidèles…

Flic flac!


Je prends ta place et te rejoins.


J'éclate littéralement contre la margelle du temps gris.
Ce granit imperturbable.

Les reflets trompeurs se meuvent, voguent imperceptiblement...
les identités.

Ballade hors du temps. Ballade au temps arrêté, interrompu, ballade d'un état de vie à celui d'une disparition soudaine en forme d'artifice, d'éclat...


Ta vie, ma vie, dispersée, rassemblée, tranchante, souple.
Nul ne sait où nous sommes, nul ne nous voit autrement qu'en reflets changeants. Vie et mort ne signifient rien. Liberté est le seul sens possible à nos existences.


Même si... je te l'accorde... cette vie qui luit dans tes yeux sombres est celle qui nous unit parfois

 

 

 

Rose pâle s'efface.

 

 

Rose pâle

sur la toile du jour

rose parle sur mes jours ( de ces toujours )

à demi-mots

roses éparses de mes amours (involontaires)

                                        tombent à terre les pétales du temps, (rouges)

                                       roulent au sol les tonnerres et les applaudissements comme tambours fidèles

                                       Rose pâle déjà s'efface

                                       rose

                                       efface la trace de nos couleurs

                                      sur la toile,

                                     sable trace

                                     seule tarde

                                    la muse a repris le bagage sur le dos du temps

                                    efface les traces de son passage

                                    rose qui déjà efface pâle,

                                    les demi-mots ...."ne sois pas sage"...

                                    rose efface

                                    les traces de son passage

                                    dans la mémoire.

                          (déjà plus qu'un souvenir).

 

 

Double féminin (explication de texte).

 

Eros à Narcisse.

Allons ensemble explorer les recoins de notre nous mêmes. Je vous aime et j'aimerais tant que vous le sachiez. Evidemment penché constamment sur le reflet de votre mirroir, vous oubliez carrément de me regarder! Moi qui ne suis pas vous. Enfin pas encore. Car je compte bien me fondre en vous, me faire absorber, me dissoudre, vous coller aux basques jusqu'à la nuit des temps. Mais oui Narcisse mon ami, je suis plus ravagée que vous. Je vous désire ardemment, éperdûment, constamment, intégralement, totalement, impérativement. Enfin bref je me meurs de désir, je m'évacue de langueur, je me dissous en vapeurs, je m'électrocute à chaque fois que je me croise dans le miroir. 

J'ai tant besoin de votre regard pour vivre. Je ne suis qu'un reflet et la chair me manque, mon ami savez-vous à quel point je me languis de cette chair?

Et puis vous me faîtes rêver trés cher, les sourires que vous ne cessez de vous adresser à vous mêmes me semblent tous à moi destinés. Faut-il être naïve enfin! Je vous déteste parfois de m'incliner vers tant de contrées rêveuses. Moi qui n'aime en vous que la capacité que vous détenez de me faire décoller vers ces contrées qui me sont naturellement interdîtes...Enfin...Je cesserais de vous écrire ces lettres d'amour le jour où vous m'aurez enfin épousé. Ce jour bénit où nous pourrons enfin nous absoudre de nos pêchés (narcissiques) en nous mirrant l'un dans l'autre, nous pourrions nous pencher et tomber l'un dans l'autre. Ce serait drôle mon ami. Ne pensez vous pas?

Tout cordialement

 

 

V

Abandon entouré d’abandon

Tendresse touchant aux tendresses…

C’est ton intérieur qui sans cesse

Se caresse, dirait-on;

 

Se caresse en soi-même,

Par son propre reflet éclairé.

Ainsi tu inventes le thème

du Narcisse exaucé

 

In « Les roses » Rainer Maria Rilke

 

 

Nébuleuse 

 Etoiles, en forme de nuit.

Mystique aimerait croire en leur existence mais il semble qu'elles soient déjà mortes quand leurs lumières nous parviennent.

Ainsi de ce temps dont nous ne détenons aucune trace, de cet amour dont nous sommes le corps.

....et les étoiles de la nuit sont devenues des immortelles.

extrait de Saint Gabriel (séville) in Les complaintes gitanes.

Federico Garcia Lorca. Editions Allia. 2004.