12.10.2009

Aphorismes de passage.

Le problème des messagers en transit qui rêvent d’être des passagers en stand by, c’est qu’ils oublient que les autres peuvent épouser la solitude.

 

De retour à la case départ en avançant sur ma piste, le décor habite mes songes éveillés, quitte à y laisser leur mémoire.

autres

 

15.06.2007

Un rêve s'épanouit

 

2535005ef0c3cabd71550ded40b78df1.jpg

Le soir, ce rêve pâle, s'épanouit à l'entrée de la nuit.
En secret coulent des torrents de lave...
Contre la plante de nos pieds
On sent la terre gonfler.

Dans l'air épuré on peut entendre des millions de mots
Renverser, parcourir le silence
Envahir l'espace
Saturer l'air d'un murmure continuel.

Mot à mot engagé dans un combat de corps.
Paroles en l'air résonnent ou mats, tombent au sol.
Glissent et rampent à nos genoux, vont happant les chevilles, pour voir un peu plus haut, dans les cieux brûlés se déchirer des lambeaux d'atours.

Poudres, ors, étages violacés.
Empourprée l'eau cristalline dévale la vallée endormie.
En nos tours retranchées les dernières lumières, sabrent en ponctuant de pluies sombres, la majesté de nos silences.

La nuit a fait place au matin.
L'aurore en déchirant ma mémoire s'est planté de cristaux d'améthyste.
J'ai rêvé cristal, des cailloux gravant dans la chair des histoires de cieux merveilleux, mais le réveil était froid comme un reflet d'acier passant sur une pupille noire.

Nuit. Quelle nuit!
Il n'y a pas à dire : le cou déployé, porté, offert, dégorge et se rompt.
Dégorge. Se rompt. Pas de deux en détournant l'axe rompu, dégorge d'eaux de silence, d'os de silence.
Dévalent en cascadant, les rires cristallins d'une eau enchanteresse, découverte au creux d'une vallée enfouie.
Milles murmures entreprennent d'exister dans le silence de la nuit. Milles impressions se notent en travers de nos gorges enfouies de souffles étranges. Le vent. La nuit.
C'est porté au long de nos respirations qu'un manifeste se dit.
Celui qui déclare sa flamme, petite encore, pour lui donner à l'air libre l'élan nécessaire. Celle qui montre ses dents pour offrir l'émail lisse aux langues de feu. Oxygène.
Langage d'exil où les deux se trouvent, à tâtons, entre les murs.
Comme si leur silence était né de ce langage particulier, où tout ce qui doit rester dans l'ombre du mot ne serait jamais désigné autrement que par l'évocation.

........................

59790ba206b016fb98b6603f357632cc.jpg



Ombres, quelles ombres?
Celles qui oscillent autour des axes miroitants?
Des miroirs brisés, des cristaux?

Pourtant se réfléchit une drôle de lumière sur votre peau.
Elle est blanche...à l'intérieur mangée au bord par une ombre. D'un regard on saisit le mouvement comme une marée lente envahit un rivage désert. Un visage flou, au loin disparaît. L'ombre saisit les bords retournés de ces peaux d'insomnies tendues, aux entournures serrées, engoncée dans leur costume de silence; entre les mots voyagent à pas comptés les mots des autres dans votre souvenir survivants.

Fidèles compagnons de vos désirs de départ quand, dans la nostalgie, vous errez avec délectation, quand tout est détruit autour... Que reste t-il d'autre dans vos souvenirs, que des fantômes de bonheur en papier mâché, en papier tremblant au bord de vos yeux humides? Ce sont des mots, rien que des mots.
Des amant vous gardez l'art de la rhétorique amoureuse, l'esprit, la flamme, mais il y a bien longtemps que vous avez oublié ce que le coeur peut délivrer à tout instant au contact de l'autre. Oui des mots toujours et encore des mots...
Rêves, délires, exagérations, élucubrations de toutes sortes...Poésie feinte, inintéressante, larmoyante, pénible en un mot. La mémoire accrochée à un lambeau de souvenir, le vide autour, envahissant, à vous rendre fou, votre écriture à définitivement sombré dans la neurasthénie.
Page blanche, couverte de signes informes, doubles sens et conjonction des contraires. Rien. Rien ne sortira plus de vous. Rien d'autre qu'un galimatia illisible dont forcément vous ne vous vanterez pas. Vous écrivez à perte de souffle, à bout de tout, au secours de votre "être" qui s"affaisse et se perd dans le néant. Vous écrivez à la recherche de bouées, de balises, de sémaphores dans la nuit qui vous entoure. Tout ce vide, ces cris de chouettes lugubres, ces armées de bestioles en lutte pour la survie, ça vous donne envie de dégueuler votre dernier café. Et surtout le vide, l'obscurité, le silence qui parfois vous étreint, se transforme en angoisse terrible, vous prend la gorge. Vous la serre, comme s'il voulez entrer en vous; vous envahir, vous engloutir, faire de vous une carcasse où le vent ira jouer ses symphonies funèbres avec des airs de ne jamais y toucher. C'est à dégueuler tout ce silence. Bien entendu il va falloir vous accrocher à l'idée qu'il y a un peu de poésie dans tout cela, si vous voulez continuer à vous répandre lamentablement dans les contretemps, sans rien vous dire d'autre. Il va falloir en trouver des conneries à débiter en tronçons pour trouver la balise, le sémaphore qui va vous indiquer que bientôt. Ouf. Le rocher n'est pas loin. Vous pourrez mettre votre vieux corps au sec, lui donner le temps d'éponger toutes les années d'emmerdes noires qui ont précédées. Ce moment béni où vous aurez enfin le corps sorti de cette océan d'ordure que l'on nomme ;la vie" et où vous pourrez enfin vous dire sagement, en souriant un peu, "tiens ça commence à ressembler à ce que j'aime".
C'est la rançon destinée à ceux qui ont usés leur peau contre la sale vie, celle des gens du matin, du quotidien, de la rancune et de l'envie. Vous savez bien qu'ils n'ont rien d'autre à foutre qu'a balancer leur bile vénéneuse de tous les côtés. Ca pue, ça tâche, c'est comme le gros rouge, un truc de dégueulasse. Il n'y a rien d'autre à dire. Vous savez tout cela mieux que personne. On vous a prévenu. On vous l'a écrit, seriné, chanté, braillé sur tous les tons.

Rien n'est rêve ici. Tout est chose. Va falloir vous y habituer!

En levant les yeux au ciel vous vous dîtes que le reflet pâle et tremblant de la lune ne vous a pas quitté... L'ombre blanche, fantomatique que vous invoquez si souvent se perd dans les brumes déjà des nuages, vous la suivez du regard, vous aimeriez voyager à sa suite. Les trajets de la lune se perdent dans votre mémoire.

La pluie tombe à travers votre regard. On dirait qu'elle lave le sol, l'air, le ciel. On dirait qu'une fois tombée cette pluie vous aura débarrassée de toute la saleté accumulée. Celle des autres toujours que vous prenez de plein fouet, celle qui vous encrasse les neurones, celle dont il est si difficile de se défaire : les mauvais rêves, les épisodes traumatisants de votre vie, les deuils encore une fois à faire, les désillusions dont on ne cesse de découvrir la profondeur et l'étendue... Rien. La pluie est tombée. Vous êtes assis sur le sol comme un pauvre homme abandonné. Vous vous accrochez à quelques idées, mais ce ne sont que des pensées. Rien de vrai, de réel, de concret, de vivant. Des mots à perte de vue. Sur l'horizon dansant, dans le rideau de pluie, par le vent chuchoté : des mots.
Et quand vous en avez assez de tous ces mots qui à force d'exister seuls se baladent dans votre mémoire. Vous éteignez le son, enfouissez le tout sous un manteau de silence. Vous le portez toujours.

Et ce toujours n'est pas de ceux qui vous trahissent, il est votre définition de la permanence, de cet état profond d'ennui qu'on ne saurait vous retirer sans vous arracher la peau.

La lune tremble indéfiniment dans son ciel épinglée.

.................................

b59eeb32cc1d0ee7359d4c35f063169b.jpg





-"Vous pleurez?

Ce n'est rien. Ce sont seulement vos yeux qui débordent. C'est la marée trés cher. Oui l'eau et la lune. C'est connu. Enfin d'habitude cela fait rire. Oui, rire. Aux éclats même. La lune, l'eau c'est une de ces histoires anciennes que les vieux gardent sous le coude pour charmer les nouveaux venus, les enfants, je veux dire. Vous voyez je sais tout. Enfin disons qu'il m'arrive de le croire...Cela dure très peu. Je me remets bien vite à considérer mon ignorance comme étant la plus grande. Vous vous souvenez de la phrase? "Tout ce que je sais, c'est que j'ignore" ou en substance quelque chose de ce genre. Je ne retiens jamais les citations ni même leurs auteurs d'ailleurs. J'ai finit par dire un jour que je préférais faire les miennes, tant j'étais en colère contre ces satanées phrases précises. Je n'ai pas de mémoire".

-"Vous souriez?
C'est déjà ça. Vous voyez les larmes c'est un peu comme la bruine ça finit par passer. Tout d'ailleurs...finit par passer. Y'a qu'à bien regarder la tronche des vieux! Ils ont finit par passer. Un peu comme le temps si on y regarde de plus prés. J'aime pas les vieux en vrai, ni les jeunes d'ailleurs. Je vous parle comme si vous étiez mon ami. Ca ne vous dérange pas? Non. C'est vrai? En fait, vous m'étonnez, vous devriez être mort depuis longtemps si je peux me permettre, mais bon, elle à l'air d'y tenir à la vie, votre carcasse.

Oui je vous disais que je n'aimais ni les vieux ni les jeunes. Je sais c'est un peu bizarre. Mais vous savez, je n'ai pas peur de l'être...bizarre je veux dire. Comme c'est pas interdit par la loi, j'en profite. Vous souriez? Oui je sais je dis des conneries ce soir. J'ai envie de m'amuser. Je m'ennuie tellement. C'est rare vous savez de s'emmerder autant. Mais bon c'est de naissance, la vie m'emmerde, les gens me saoulent, les animaux n'en parlons même pas : je saque pas. Oui je sais vous n'avez pas beaucoup de chance, vous, dans la vie. Faire des rencontres du genre de la mienne ça rassure pas. Je compatis. Sérieusement. Mais non, n'allez pas recommencer à pleurer. Je ne me moque pas, promis je ne me fous pas de vous".

_"Je ne pleure plus. Regardez".

Pour la première fois, il lève ses yeux vers moi. Ils sont noirs. C'est une manie chez moi de ne croiser que des yeux noirs. Ils sont beaux dis donc. Et puis il a un joli sourire ce type. Il a une drôle de tête quand même. On dirait un pierrot triste. Un genre de Pierrot, pas trop fou j'espère, enfin ça a pas l'air. Mes yeux ont l'air d'être égarés dans les siens. Je le regarde trop il va s'inquiéter. Bon hop regarde ailleurs ma vieille.

_"Alors racontez moi vous faîtes quoi de votre vie? Et puis d'abord commencez par me dire ce que vous faîtes là ce soir, c'est pourrit comme endroit. Bon ça pourrait être joli mais y'a la poubelle là. Ouais pas terrible la "bin". Ca pue un peu vous ne trouvez pas?"

_"Non. J'avais pas remarqué. Vous savez, je ne me suis pas trop occupé de l'endroit. J'avais envie d'être un peu seul. Pour pleurer tranquil. Si vous voyez ce que je veux dire..."

_"Je vous dérange, excusez moi je vais reprendre ma promenade. Vous savez j'ai pensé que ça vous ferez plaisir de parler avec quelqu'un. Pour vous distraire, vous voyez un peu de votre...chagrin. Comme il y a un casino derrière nous, j'ai pensé que vous aviez perdu tout vos sous au jeu. Ca m'aurait interessée moi vous voyez d'entendre les confessions d'un joueur impénitent".

Il éclate de rire. C'est beau un homme qui rit comme ça. Je reste ébahie par son rire. Ca me ferait cent ans un rire comme celui-là... si je me laissais aller à rêver un peu... Mais non. Je ne rêve plus moi. J'ai plus le temps. Je les ai mangé mes rêves pour tenir le coup.

Je me tourne face à l'océan. L'horizon est tellement courbe, avec cette belle lumière de voix (e) lactée au centre. J'ai envie de contempler l'océan, d'entendre le bruit des vagues , du vent. Il se lève, s'en va. Je le regarde partir vaguement. Je reprends ma ballade.
___________________

2fe79044fa2a5704a89882b2eec6a86d.jpg




Bleu fragile,
Bleu facile,
Bleu de ciel entoilé nuageux, voyageur, rêveur
Bleu de tant de d'ailes, absolument renversées,
Erre entre les mots des vivants,
la paix des absents.

Le silence détonnant dans un bleu parsemé de graines de nuages, que certains auraient envie de planter un peu tout autour de ce bleu si paisible. Passible d'entraîner nos iris dans un fondant de chocolat, de crème caramel. Bleu pour peintre, bleu pour fous de liberté. Bleu pour délirant drogué d'oxygène. Bleu entraîné pour un décollage définitif. Au dessus des nuages, voyage l'image projetée de la terre dans son halo bleu.

Bleu gracile. Voyage facile entre les nuages, entre les moments d'absences calculées : sur le fil où le moineau en équilibre tient ses jours au dessus du vide.

Des milliards de bulles d'airs flottent autour.
Il en gobe une, léger, entre les repas...

Quelqu'un m'oblige à lever mon objectif vers cette fenêtre jaunie où deux mésanges se tiennent l'une à côté de l'autre...Prés de Georges en Bataille, son dernier nid. Imbécile! Le carreau est brisé. Les moineaux sont figés. C'est sale, laid. J'aurais du simuler un mal de poignet. Je ne me souviens plus du reste de la scène. La rue qui descend, à pic, la cathédrale immense derrière nous, les volets bleu-gris peints après sa mort.

Ces cons! Ils veulent tout conserver! Certaine qu'en entrant ils ont laissés pourrir un morceau de pomme pour faire plus vrai, sur la table miteuse qu'il a fallut repeindre ou remplacer par une plus propre....depuis sa mort. Il est mort quand au fait? Il y a longtemps, bien longtemps. J'ai envie de vomir mon quatre ou mon dix heures. Ca pue la mort et l'embaumement. Il n'est plus là. Plus aucun de ceux-là n'est encore vivant. Max jacob prés de ce prieuré où il avait trouvé refuge quelques années avant d'être condamné par les "monstres" de son époque, écrivait de petits textes sur des joueurs de dés, des moineaux, des mésanges....En attendant la mort. Bataille allongé non loin de cet immense tombeau qu'est la cathédrale regardait passer les mésanges. Et Bousquet, ignoré, pillé, enfermé dans une autre de ces chambres d'où il transformait son lit en immense vaisseau toutes voiles dehors...

Morts.

Rien ne se perd ici tout se transforme. La merde en or, les cons en experts fouilleurs de tombeaux. On retourne bien la terre pour y planter de jeunes graines pourquoi ne pas recycler les lambeaux de nos mémoires accrochées à quelques lignes de texte où se tiennent encore droites nos âmes en attente d'envol.

Mais il y a... survivent, subsistent, s'accrochent, transparaissent, éclairent, trouent l'obscurité, des paroles qui sont impossibles à nier, impossible à raturer même en tirant dessus avec un flingue, des textes inscrits dans le marbre de nos mémoires collectives. De vrais, de probes, d'intelligents et d'indestructibles textes, de ceux que l'on ne touche plus, que l'on ne modifie pas, qui sont des fils d'aciers conducteurs de hautes pensées, de nobles pensées, de celles que rien ne vient altérer, ni les temps, ni la paresse ou l'imbécillité de ceux qui les lisent.

Heureusement encore. Car je me demande avec quoi l'humanité survivrait si certains n'avaient pas tous sacrifiés pour conduire le troupeau hors de ses couches d'enfance pleines de mouise.

Open one of them. Close the curtains. Turn off the light. In the darkened room lift up your soul, out of this bloody shit area.

or...

Have a breath. Dig and swim far away.

______________

Trois couleurs sombres

1e431f3264eaa8d30821cf7d2acf92f0.jpg



_ Je prends le Rouge pour état permanent.

_ Je convoque le Noir pour accompagner le cortège de mes illusions défuntes.

_ Pour donner à l'ensemble un air iodé j'appelle le Bleu des océans.

Ici : la lumière tombante.

A l'aube j'invoque mes rêves de sables :
0cre
Safran.
Terre.

Où est le désert se trouve mon rêve en suspens
Pris dans un filet de nuit mêlé de diamants.

_________________________

Parce que certains jours portent le deuil du jour suivant que le précédent a du porter sur ces épaules pour tenir jusque celui-ci...
Il vaut mieux taire et encore taire. Peut-être évitera t-on le bavardage insipide de ceux qui envient car ils ignorent ce qu'est cette seule et unique souffrance de devoir exister au lieu de vivre simplement.

Disons que ce n'est rien. Il arrive certainement un moment où toutes les questions se résolvent en une seule définitive et l'on ira pas s'en plaindre.

Non vraiment on ira pas s'en plaindre.

18.01.2007

La place du silence

medium_collage54-1.2.jpg

Le silence aura toujours sa place dans ma demeure.

D'ailleurs le vrai silence n'existe pas. Il est toujours ponctué de sons d'ici ou d'ailleurs....Le chant des oiseaux, le bruit d'une mécanique quelconque, un musicien oublié dont les accents mélodieux nous rappelle qu'il existe toujours une heure ou la solitude nous emplit malgré nous. Toujours une heure pour se questionner, se retrouver, s'interroger..... Toujours une heure où la question se pose en oiseau de nuit avec ses ailes déployées dans l'obscurité. Des ailes dont on devine seulement la forme et dont on ne peut mesurer l'envergure tant les ténébres les dissimulent, à la vue, à la compréhension, à la représentation... Elles bruissent ses ailes. On en perçoit le frottement dans l'obscurité...Les yeux fermés on attend de l'oiseau qu'il nous envahisse, qu'il entre en nous et que la question change de forme. Ce que je suis, qui je suis, ce que je fais ici et pourquoi surtout je continue envers et malgré tout à croire...à espérer, à penser.... que finalement le temps... avec ses mains souples fait de moi un être différent d'hier et toujours moins intéréssant que celui qu'il aura formé pour demain. Je suis. J'existe dans le silence qui emplit mes paroles, où je retrouve régulièrement ce bel oiseau qui porte mes questions dans ses plumes bruissantes. Il les accompagne vers demain d'un mouvement souple, d'un large battement d'ailes.

Même si demain ressemble à hier, même si hier finalement n'est pas très différent d'aujourd'hui et qu'ainsi s'enchaînent les uns aux autres les jours d'où s'échappent levers et couchers de soleil.

Même si au fond, le temps qui passe est une pierre qui accroche la peau, la blesse et la fait saigner...Même si la mort est aussi présente en nous que la vie, et que toutes deux se disputent le droit de cité dans nos insomnies... Même si ce que l'on nomme dépression, désespoir, et autres plaintes de l'être humain ne sont pas autrechose que les conséquences directes de vies difficiles à digérer, lourdes à avaler et que l'envie de vomir et de cracher les mensonges dont nous sommes parfois les victimes nous étrangle peu à peu.

Que faut-il penser de tout cela?

Personnellement, j'avancerais la théorie du rien, du vide, de l'absolu et du gigantesque néant.

Oui le néant. Néant de la pensée morte qui ne dit pas son nom, néant des illusions crétines qui s'avancent comme des chimères séduisantes et que l'on renvoie d'un seul regard.

Néant des désirs de mort des autres dont on ne sait pas quoi faire, à part en rire. Non d'un rire dément, de dernier rempart à l'absurdite, mais d'un rire joyeux, conscient de notre prochaine disparition à tous.

Oui n'en déplaise aux vantards et mégalos de tous poils, la mort guette tout un chacun; elle promet à tous la même fin universelle dans le silence des cimetières.

Sous le chant des oiseaux, dans l'oeil bleu d'un ciel paisible.

Oui Silence tu es mon invité, mon "honoré" de tous les instants, le seul que j'invite à ma table et qui partage ma vie avec une égale tranquillité.

Silence qui engloutit d'un mouvement large toutes les paroles imbéciles, les jugements débiles, les corps occupés à se morfondre dans la satisfaction de leur volonté d'emprise....

Qu'il est bon de te contempler! Toi si sage, si reposant. Toi dont la suprême existence contredit l'ignoble braiement de la vacuité humaine, la sienne toujours en premier puis celle de ces autres dont on a dit un jour qu'ils étaient à eux seuls l'enfer...

Je n'ai absolument aucune peine à le croire.

 

SOLEILS-FILAMENTS

au-dessus du désert gris-noir.

Une pensée haute comme

un arbre

accroche le son de lumière : il y a

encore des chants à chanter au-delà

des hommes.

 

 

In _ Choix de poèmes _ réunis par l'auteur_  extrait de  : "A la renverse du souffle".

Nrf Poésie/Gallimard . 1998

Paul Celan 

 

19.12.2005

Eclaircie

Puis finalement, le ciel se dégage. Le vent envoie promener les nuages. Le gris se dissout dans l'atmosphère. Le reflet bleu océan envahit le ciel au dessus de nous.

C'est un matin comme on les aime, un matin clair, un matin calme où seul résonne le chant des oiseaux; réchauffe nos peaux meurtries, le soleil d'un nouveau printemps.

Endoloris, un peu fourbus, on s'occupe de nos corps; car il le faut bien. Il le faut véritablement.

C'est presque "le ciel, les oiseaux et ta mère " sans le contenu. Juste le titre. Les fleurs dans la rosée matinale, la nature dont la force et la beauté ne nous laissent aucun repos, tant elle éblouit et surprend. L'odeur d'un parfum de Cologne et le bonheur est là, à portée de mains, à portée de rêves, à portée de pensées...

Sur chaque galet je peux lire la douceur des mouvements de l'océan. Dans le ciel je lis le trajets des oiseaux de mer, au sol j'observe la trace de nos pas. Je pense au moment où la prochaine vague viendra lisser ce sol. Je regarde, je respire, j'entends. Je me laisse envahir par l'eau, je disparais et reparais à chaque vague; crêtes et profondeurs, couleurs vertes profondes, algues accrochées à mes chevilles, eaux piquantes dans les yeux.

Les larmes sèchent au soleil, le sel étire la peau....les membres durcissent, les os blanchissent....L'action du sel, de l'eau, du vent; arrachent nos oripeaux, dégradent nos expressions, exhument nos émotions, recouvrent nos existences de sables. Chair nécrosée, dégradation du mouvement, séparation des membres.

C'est un peu la mort salvatrice que l'on rencontre dans l'immobilité, sous le soleil, autorisés que nous sommes à nous laisser emporter par le mouvement de l'océan, assurés de trouver le plaisir dans la fossilisation des douleurs; ces vieilles douleurs dont on ne mesure plus la profondeur, dont on ne voit plus les plaies délavées par le sel.

Au moins, prés de l'eau, il existe un mouvement dont aucune volonté ne dépends, un balancier naturel qui rassure et endort; prés de l'eau, le cri des mouettes témoigne de la vie à l'extérieur; aussi prés de l'eau, on pourrait si on le voulait s'envoler avec elles.

18.12.2005

Le vieil homme.

Assise prés du lit
la jeune fille
regardait le visage
de son aieul.
L'atmosphère était celle d'une des nouvelles de Maupassant.

Les draps blancs avaient perdus leur teinte éclatante, remplacée par celle de la cire.


Il respirait difficilement.

L'oxygène dans la pièce se raréfiait.

Il était allongé dans l'obscurité et le silence.

Elle n'osait pas faire un seul geste de peur de réveiller quelquechose qu'elle pressentait comme étant terrible.

Peut-être le souvenir de la vie.


Elle prit au dernier souffle la volonté de ne pas ressentir de douleur.
Car elle comprenait que l'heure était venue.
Comme ça, sans crier gare, le temps était passé.


Et il partait maintenant.


En se confondant avec la blancheur des draps, s'enfonçant, disparaissant.

 

17.12.2005

Description

   Elle glisse.                                                                                         

                                                                                                                                                                                                       lisse  Le temps passe.

Voyageuse légère, intemporelle, elle est déjà loin quand la seconde frappe le coin du mur, la tempe de notre demeure.