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confiture

  • Ecueil en vue / La première marche

     

     

    Ecueil en vue/ Navigation à vue/ Problème de vigilance/ Endormissement/ Fatigue/

    mais...dit-elle doucement, nous ne pouvons plus nous endormir. Je suis fatiguée tellement fatiguée que parfois je me laisserais couler... Non! Ecoutes...Il la prend par la taille et la gifle. Le vent qui vient faire claquer les voiles la réveille aussitôt. Oui. Je suis là! Tu m'écoutes? Oui. Elle se reprend. Dos droit, pieds serrés au sol. Oui je suis là répète t-elle en boucle. Là! Pas ailleurs! "C'est maintenant et ici que je dois réussir à devenir qui je veux être!" Elle reprend des forces dans le regard dur qui lui fait face. Non, elle n'a pas le choix! Vraiment pas le choix. Il faut résister. Il faut tenir! Pour la rassurer il lui dit encore : "dans quelques heures je te laisse dormir; le jour se lève bientôt. Tiens bon." Elle le regarde encore une fois :" Non, pas le choix. Il faut tenir." Répéter les gestes cent fois appris. Tenir et devenir qui je veux être :" une héroïne. Je veux impressionner. Je veux... Je veux." Les larmes coulent maintenant de ses yeux...A bout de force elle reprend son quart pendant qu'il rejoint sa couchette à l'étage inférieur. Le vent, le froid, les mains douloureuses, les muscles noués, la nuque raide, ne seront demain qu'un mauvais souvenir. Elle tient sur le pont seule dans les éléments déchaînés. Et elle répète machinalement ses voeux les plus chers... Je veux être admirée. Je veux être à la hauteur de mes rêves. Je veux me dépasser et gagner! Je veux tellement qu'à force de vouloir : "Je gagnerais." Même si je meurs cette nuit, je m'en fous! Je n'aurais pas reculé. Même si je meurs ce soir, je ne veux rien savoir : J'aurais RESISTE!

    (Il y a longtemps que je sais que rien ne remplace la colère pour tenir debout face aux éléments déchaînés. Rien ne remplace le mépris et la haine. N'importe quel combattant sait cela!)


     

    La première marche:

    Les personnages centraux de ces textes sont eux-mêmes! Ils ont refusés d'endosser un quelconque costume ou masque pour travestir leur personnalité, pas de paravent devant leurs desseins. Ils ont fait le choix de l'honnêteté. Cette honnêteté dont ils se prévalent leur semble indispensable pour opposer une résistance ferme et définitive à l'esprit de leur époque dans une société moralement et financièrement corrompue. Pour changer le monde il faut commencer par modifier la première marche. Ils pensent être cette "première marche" ou en tout cas ont décidés de l'être. A force d'errer dans la déchéance morale des autres leur humeur virait à la dépression et leur caractère de joyeux tournait à l'aigre. Vivre de cette manière ne les interessait plus. Il fallait changer et quelle autre belle manière de changer que celle qui consiste à décider de se changer soi-même pour avoir une meilleur appréciation du monde alentour. Parce qu'ils savaient qu'ils n'auraient aucun choix. Aucun d'entre eux n'aurait eu l'âme d'un héro. Le confort dans lequel ils étaient tous nés et avaient grandis les tenait et pour rien au monde ils ne l'auraient abandonné. Aucun d'entre eux ne comprenait qui était Don Quichotte et cette période de l'adolescence où sans le savoir ils avaient singés le pourfendeur des moulins à vent leur avaient laissée un arrière goût d'amertume! Non il n'était plus possible de changer les choses aussi brutalement. On ne pouvait plus décider de brûler le vieux monde au profit d'un nouveau tant il était devenu impossible de croire en l'émergence d'un nouveau monde, différent et plus juste. Il fallait réfléchir, s'armer de patience et à partir de cette réflexion faire émerger une décision qui leur permettrait de vivre mieux, de vivre enfin en accord avec leurs pensées. L'époque broyait du noir. Ils commencèrent par intégrer des couleurs vives et jeunes à leur quotidien...[...]

     

     

     



     

  • 888

    Qu'on ne demande pas ce que durant tout ce temps j'ai fait.

    Je reste coi;

    Et ne dis pas pourquoi.

    Il y a du silence, alors que la terre éclatait.

    Aucune parole qui touchait;

    On ne parle que depuis le sommeil.

    Et l'on rêve d'un soleil qui riait.

    Les choses passent;

    Ensuite c'était indifférent.

    La parole s'endormait lorsque ce monde s'éveillait.


     

     

    Poème parut en octobre 1933, dans le numéro 888 de la revue Die Fackel, extrait de "Troisième nuit de Walpurgis" Karl Kraus aux éditions Agone 2005