29.11.2009
Carte postale.
Derrière les jalousies, la lune observe, imperturbable le sommeil d'une femme. Les rues sont désertes. Le vent joue dans les couloirs de la ville ancienne. Le silence règne. De ma fenêtre entrebaillée, je peux l'apercevoir endormie. Je l'ai croisée ce matin, dans la rue. Nous marchions chacun vers nos domiciles respectifs.
Les jalousies de sa fenêtre sont blanches. La nuit lorsque le sommeil me fuit, je l'observe. Sa fenêtre reste entrebaillée. Il fait chaud ici. La lune cette nuit est rose. D'un rose élégant, à peine dilué par l'obscurité. Le lumière diffuse forme un halo pâle dans l'air qui sépare nos deux fenêtres. Je me perds dans l'observation de sa main qui dépasse des draps. Elle a l'air sereine cette main. Je l'imagine dans le creux de la mienne, toute de chaleur repliée, les doigts serrés au creux de ma paume.
J'avais déjà remarqué sa démarche, sa légèreté. Je la croise souvent depuis que j'ai emménagé dans cette rue. Elle m'a toujours semblé porter sur le visage les traces d'une douleur ancienne. Elle ne sourit pas. Enfin trés rarement, une fois seulement, son sourire a rencontré le mien. Son balcon est couvert de fleurs, elles tombent au sol, effleurent le mur : un rêve de femme, ces fleurs, en lianes colorées, libres au vent.
J'aime cette rue étroite du centre ville. Les murs hauts s'élèvent vers le ciel immense, les pavés au sol rappellent les jours anciens où calèches et voitures à bras étaient les seuls moyens de se déplacer. Mes ballades dans les rues qui serpentent m'entraînent souvent loin de chez moi. Je découvre des quantités de recoins superbes, envahies d'herbes folles, de graminés, de coquelicots. Il m'arrive souvent de regretter de ne pouvoir peindre ou dessiner ces endroits. J'aimerais en garder le souvenir quand sous la pluie je désespère du soleil.
Les ruelles étroites, le passage du temps sur la pierre, les dégradés vert de gris, les mousses, les lichens, tout ce qui s'accroche et germe dans les interstices, dans les failles de blocs de pierres, l'odeur de la craie, de l'humidité, des moisissures; ces petites fleurs blanches qu'au printemps les longues tiges sèches portent malgré le vent. Petites têtes blanches et fines qui attirent constamment mon regard, me rappellant la longue file des communiantes dans les allées étroites des églises d'autrefois. Il y aurait tant à écrire, tant à dire au sujet de ces quartiers que l'on découvre ainsi.
En relevant la tête je m'aperçus que les persiennes avaient été repoussées derrière les rangées de plantations posées sur le balconnet de son appartement. Elle était certainement absente. Il y avait sur le sol un petit arrosoir de zinc, un foulard était sagement plié sur le dessus. J'entrais chez moi. De ma fenêtre je photographiais son balcon désert, les objets au sol et un morceau de pot ocre.
Cette femme me rendait nostalgique. En préparant le thé, je glissais un cd de Clotrane dans la chaine hi-fi. L'odeur de la menthe mise à infuser emplit bientôt la pièce. "Love supreme" et la couleur du foulard s'accordaient à merveille. Je me mis à rêver d'elle dans un champs de graminés, portant un grand chapeau de paille...quelques secondes aprés je m'endormais.
Je ne savais plus trés bien où j'étais lorsque je me réveillais quelques heures plus tard. L'aiguille de l'horloge indiquait neuf heures du soir, était-il si tard? Je jetais un oeil du côté de sa fenêtre. Elle regardait la télévision, les reflets bleus dans son salon l'indiquait.
J'avais envie d'elle...J'aurais donné beaucoup pour me retrouver assis à ses côtés à ce moment. Mes cinquante ans me pesait soudain. Je pris une décision qui m'apparut comme salvatrice à cette heure. Je n'avais aucun cours demain; je pouvais me permettre d'aller trainer au bar ce soir.
Le café d'en bas, au coin de la rue, avec ces murs couverts de vieilles photographies de famille, m'attirait. On pouvait tranquillement descendre ses verres de rouge sans que quiconque ne vienne déranger l'entreprise d'ennivrement en cours. Picoler sans ennui, ça c'était bien un rêve de poivrots français! "Ah le petit vin blanc...". Mais moi c'était le rouge qui me tenait, le gros rouge amère et aigre, celui qui filait des ulcères à mon médecin et à mon estomac en passant.
[Il valait mieux que je rentre seul ce soir, j'aurais eu honte d'infliger une telle haleine à une femme et surtout pas à celle que je passais le plus clair de mon temps libre à observer de ma fenêtre. Un seul de ses regards désappobateurs m'aurait cloué sur place, mieux valait être discret en rentrant ce soir, histoire de ne pas provoquer le destin...
La patronne du bouge s'appelait Sandrine. Elle était vieille et ratatinée. Je me demandais toujours comment son crétin d'époux faisait pour lui monter dessus. Le pire je crois c'était la couleur noir corbeau de ses cheveux qui on pouvait se douter était gras et courts. Son nez était si pointu qu'on aurait pu facilement lui attribuer une parentée directe avec un pivert. Mais Woody le pivert était cent fois plus drôle qu'elle et quand je la voyais descendre son verre de rouge, j'avais trés largement envie de vomir en me disant que ses pellicules avaient pu tomber dans le mien, de verre! Finalement j'allais mieux, en pensant ces horreurs je me disais que la déprim' était dans mon dos et je me retournais en pensée pour la saluer. Ah Sandrine! Sandrine...: "si vous aviez pu lire dans mon sourire mielleux tout le fiel que mon cerveau venait y déverser....Ca vous aurez cloué le bec et vous l'auriez fermé pour un petit moment votre boîte à canigou"!
Son cloporte de mari se prénommait du charmant prénom de Philippe, il avait l'air aussi intelligent et éveillé qu'un troupeau de veau à l'heure de l'abreuvoir! Le toutou jappait sagement chaque fois que bobonne poussait une gueulante. Le torchon sur l'épaule il arrivait en trainant son gras avec lui! Ce que je préférais de lui c'était les auréoles de sueurs qui accompagnaient chacun de ses mouvements d'une étrange odeur de poubelle croupit. Charmant couple que je regardais aller et venir avec autant de gentillesse dans le regard qu'un "umpiste" faisant l'inspection d'une banlieue un jour d'émeute.
Ca me passait les nerfs que voulez vous! J'étais seul, vieux, con et j'adorais cela. Ma connerie, ma méchanceté et moi on s'éclatait finalement. La vieillesse c'est carrément plus drôle avec la pointe d'acidité que donne l'amertume. Eh oui, faut vous dire vous les minots, c'est qu'à mon époque on se marrait pas des masses! C'était voire moins que rigolo la jeunesse des vieux d'aujourd'hui. Carrément pénible! Pour baiser on devait jouer à cache-cache avec la milice des parents, fumer c'était à peine toléré, boire c'était pire que tout! Et les joints je vous dis même pas ce que ça pouvait donner, genre carrément la désintox chez les dingues, directement! Fallait s'accrocher pour supporter tous ces vieux croupions qui vous pourrissaient allègrement la vie, en ayant en plus l'air d'aimer cela : fallait voir l'ironie dans leurs yeux! Et leurs petits sourires malins...genre t'avait une de ces envies de leur mettre ton poing dans la gueule!
Alors évidemment avec le temps je suis devenu carrément con, c'est surtout mes pensées qui le sont, en règle générale, je ne montre rien. J'écris mais je ne dis plus rien, parce qu'en fait m'entendre ne m'interesse pas énormément. Et il faudrait hair le monde entier pour avoir envie d'infliger cela à qui que ce soit!
Toujours est-il que je passais la soirée à reluquer le couple d'infâme tenancier de bistrot qui me servait, la pompe à rouge à la main, aprés chacune de mes interventions discrètes. Evidemment je descendais le litron le petit doigt en l'air.
Je pourrissais de l'intérieur avec une certaine grâce je dois dire.
La sandrine avec sa coupe militaire et ses lèvres ridées, pincées comme le cul d'un cog, me regardait souvent avec une sorte d'incompréhension étrange. Je voyais bien qu'elle ne comprenait pas grand-chose à ma présence dans son bouge. Ca m'amusait de lui sourire avec gentillesse à ce moment là. J'imaginais son cerveau embrumé essayant de compter pingrement le nombre de verres avalés. Ca faisait 1+1+1=? dans ses yeux et je me retenais de lui proposer une calculatrice....Cela eût pu être drôle me soufflait mon démon intérieur, mais finalement je préférais attarder mes pensées sur le velouté de la main recroquevillée qui dormait à quelques mètres seulement de moi.
Il valait mieux reprendre mes rêveries d'étudiants boutonneux plutôt que de continuer à tenter d'humilier cette pauvre femme dont évidemment les seins qui pendaient sur le gras d'un bourrelet de ventre m'inspirait beaucoup plus de pitié, que de haine finissais-je par me dire avec une telle mansuétude que j'en aurais presque eu les larmes aux yeux devant tant de bonté.
Oui la mansuétude et la pitié faisait partie de mon éducation et j'avais beau m'entraîner à être différent je n'arrivais jamais vraiment à m'éloigner de ces restes d'éducation bien-pensante. Ca rattrapait ma méchanceté naturelle me disais-je vaguement. Quoique quand ça me prenait je n'étais pas vraiment très fier de moi. Mais bon en entendant les histoires ignobles qui arrivaient un peu partout je ne devais pas être pire que les autres. Toujours est-il qu'en rentrant vachement bourré, titubant, ahannant comme une grosse barique, je regardais désabusé au-dessus de ma tête les persiennes de la belle plongée dans le sommeil. J'avais l'air hagard de l'animal en rut qui sait que la femelle est dans le coin.
La rue était absolument déserte. Les rues avoisinnantes aussi. J'étouffais dans la nuit épaisse.
Avec l'alcool j'avais crû pouvoir échapper un instant à la grâce de cette main blanche dans le reflet de la lune, mais en fait, c'était pire. La main revenait avec une présence extrêmement gênante comme si elle avait envahie une partie de mon cerveau. J'avais mal. Mon coeur se soulevait et se serrait douloureusement à chaque respiration. Comment faire autrement? Quelles pensées invoquer pour sortir de l'impasse où le désir me collait avec la violence d'un vent sec. Je tentais d'imaginer ce que je pouvais faire pour approcher la jeune femme en question. Ma vieillesse m'insupportait à nouveau. A croire que je puais la mort alors que mes yeux voyaient encore, que mon coeur battait avec la régularité d'un tic tac de réveil-matin et que mes pieds finiraient par me conduire invariablement vers le lit que j'entrevoyais dans l'angle de ma chambre.
Comment échapper à cet enfer de solitude, de silence et de mort annoncée? En rentrant je me posais lourdement sur un des fauteuils, l'oeil vitreux. La sueur coulait de mon visage. J'étais gras. Je le savais. j'ouvrais un des placards et finalement me dis-je tant qu'à toucher le fond autant trouver un compagnon de jeu un peu classe : la bouteille de whisky avec les dorures sur l'étiquette me rendit à l'humeur joyeuse.
Oui elle était vraiment belle cette femme et même si je n'avais aucune chance de vivre quoi que ce soit avec elle. J'allais peut-être juste pouvoir continuer à l'observer, à la rêver, à la désirer. Le désir est un chien galeux. Il te traîne comme un bourreau contre les barreaux de ta prison de chair. Rien! Il ne t'épargne rien de toutes ces donzelles énervées qui filent dans les rues, dans les magasins avec leurs jupettes flottant au vent, leurs cheveux longs et dénoués, leurs gorges nues, leurs corsages inexistants et leurs bras qui semblent si doux dans la lumière de l'après-midi, l'été. Et lui cette nuit là se sentait vieux et usé, fatigué par toutes ces années de désirs inassouvies, de fantasmes inavoués, de combat contre les tentations de l'existence. Vieux d'avoir vécu si sagement, si tranquillement même quand ce fichu désir le tenait éveillé comme cette nuit, les pensées vagabondes, le corps presque mort d'être si reposé mais les yeux légèrement humides, posés sur l'espace entre leurs deux fenêtres, dilué dans l'air blanchi par la lumière pâle de la pleine lune, divaguant au rythme nonchalant des fleurs et des branches lourdes qui trainaient contre le mur d'en face.
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28.11.2009
Houla oups!
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22.11.2009
L'irrespect
Certains sentiments nous manquent de respect.
Le mépris est une marque d'irrespect vis à vis de soi-même. Mépriser son prochain, comme le hair, c'est omettre de voir dans l'autre un frère, une soeur. Mon humanité se révéle dans la reconnaissance de l'autre.
Ce matin en me réveillant, aprés avoir subi les affres d'un cauchemar durant toute la nuit, je me demande combien nous étions cette nuit à errer dans ces terres envahies de souvenirs grimaçants.
La solitude n'est qu'une vue de l'esprit. Nous partageons la même terre, le même air, parfois le même esprit et nous reconnaissons parfois au détour d'une rencontre un frère de souffrance, une soeur de bonheur.
Le monde est loin d'être vaste, nous sommes donc loin d'être possiblement perdus dans une masse informe. Nos références culturelles nous relient, nos gênes nous identifient comme partageant le même lit identitaire.
Se sentir envahie par d'autres présences n'a rien d'anormal puisque nous sommes nombreux à interroger les mêmes domaines, à secouer les mêmes idées reçues pour en retirer l'essence.
O combien il doit être doux d'être véritablement seule et d'avoir enfin pour jouissance entière le bonheur de cette solitude.
Ce n'est qu'un rêve; la réalité elle, est emplit de chacun, de chacune, jalonnée par les expériences passées, soutenue par la vie présente, élevée par la souffrance aussi parfois, souvent nourrit de la compassion des autres, de la sienne propre...
Finalement on pourrait presque se réjouir de la beauté de cet "autre" dans nos vies, si certains n'étaient pas aussi bruyants...
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21.11.2009
Best.
Homologué par le peuple
L’aspect utile dans l’excès d’idéalisme, c’est principalement son caractère malléable
et ses objectifs toujours revus à la baisse,
le tout homologué par le peuple.
La collusion des pouvoirs médiatique et politique en Italie font partie intégrante de l’hygiène de vie du système démocratique.
Qui mieux qu’un président de club vendant du rêve à des supporteurs peut comprendre la misère affective de celui ne pouvant pas acheter son billet pour le match ?
Faire le procès de Silvio Berlusconi de l’autre côté des Alpes, qui plus est avec un référentiel français et un léger sentiment de supériorité technocratique, voilà un acte géographiquement courageux, une pensée ethnocentrée qui rappelle les pratiques marketing dans les pays du Moyen-Orient et une certaine nostalgie du business napoléonien.
La mascarade électorale est toujours plus honteuse sur le paillasson du voisin.
Les puissants n’ont que le titre, leurs aspirations, leurs initiations, leur succès et leurs défaites qui ne sont que le programme, le plus lucratif et déficitaire à la fois, de la télé-novela démocratique.
Le goût du pouvoir cannibale est diamétralement opposé à la solitude de son exécution et
la nature périssable de son action face au temps des petites gens.
Depuis que la politique est devenue une équation médiatique déterminée par des constructions économiques,
ses fondations idéologiques sont devenues accessoires et son humanisme intermittent un hymne au développement durable.
« Du bois à la télécommande, de l’écologie au recyclage, des ficelles aux cordes,
de la détermination au déterminisme, des.....
Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip
Nouvelle de dernière minute:
Marianne.
A la Une.
Brice hortefeux : un ministre nul. (?!)
Qui sont ces gens de Marianne?
Que veulent-ils?
Un Ministre efficace?
Mais j'ai un conseil à vous donner : ouvrez grand vos réservoir à miel pleins de poils.
Hitler est mort.
Mussolini aussi.
Les Serbes n'ont plus rien en réserve.
Aucun dictateur en vue à part peut-être chez les Coréens du Nord mais c'est pas facile d'entrer. (dommage)
All.....Vo....Fa....En....!
Bon restons calme mieux vaut aller là ce we, c'est quand même plus sympa.
Bon ça va mieux moi déjà.
"La poésie et les armes.
Sans les larmes."
*
RIP
15:55 Publié dans Observations. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









