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  • Calme plat.

    L'illusion est ma tranche de pain rassis. Quand je n'ai rien de mieux à faire, je me fais les dents dessus. C'est comme fouiller pour la énième fois dans un vieux grenier. Il n'y a plus rien. Tout a été vendu, perdu, donné, échangé. Il ne reste même pas une vieille toile d'araignée pour me rappeler le passé. Tout est net, propre, vide. Ma mémoire est parfaitement nette. C'est triste. Je n'ai rien à me reprocher, rien à casser sous les dents de la culpabilisation, pas même de quoi broyer du noir! Quel ennui quand la perfection fait surface dans nos cerveaux. Il faut se mettre à penser clairement comme dans un ciel déserté par les nuages et les oiseaux de passage, où le regard s'endort en cherchant des filaments de nuages égarés. Calme plat dans ma cervelle. Pas un regret, pas un remord. J'en mourrais certainement un jour de tant de clarté. Alors à quoi bon écrire? De quoi écrire d'ailleurs? De ce quotidien mortifère? Aussi chiant qu'un jour sans pain, aussi vide qu"un jour à traverser le désert.... De vous? Vous ne me passionnez guère. De moi, je ne m'intéresse plus à moi depuis longtemps. Alors quoi? La pluie? Le beau temps. L'horizon rectiligne. Desespérement horizontal. Immanquablement droit, à peine égratigné par quelques rectangles de voiles, même pas colorés, car d'ici tout est blanc. L'absence d'épreuve est une épreuve insurmontable disait cet ami exilé dans cette belgique lointaine.

    Quand je ne suis plus sous le feu de l'ennemi je m'emmerde à un point tel que je n'ose essayer de le décrire...L'adrénaline et l'envie d'en découdre me tiennent éveillée. Bon sang! J'irais bien frotter  ma peau lisse à celle d'un porc-épic. Histoire d'au moins pouvoir vomir ou saigner! Histoire d'affronter à nouveau le danger, de trembler. J'aurais au moins l'impression d'être vivante. Ca vaudrait mieux que cette impression de vivre dans du coton, de la ouate, du nuage! Pour ne plus m'ennuyer j'esssaierais bien de me mettre à voler. Faire battre ces pousses d'ailes, ouvrir la fenêtre et sauter! Pour voir si ça bat, pour voir si ça marche. Juste pour voir.

    ( Mon ami Belge :

    "Alors...t'as vu!?"

    - Euh ouais... Ca fait mal dis donc!

    - Ca tu me l'aurais demandé avant, je te l'aurais dit! 

    - Ouais ben c'est pas drôle, chuis toutes cassée maintenant. Pff...

    - Bah ça t'occuperas de changer les pansements, et puis au moins cette fois tu auras au moins de quoi te plaindre. Hein? De quoi écrire au moins deux cent pages!!! Pas sûr que ça intéresse mais bon tu peux essayer...pour voir! Ahahaha.

    -C'est sympa les amis. Ca sert! )

  • Le monde du plagiat.

    jeudi, août 23, 2007

     

    Plagiat psychique : "Tom est mort", la polémique

     



    Camille Laurens en août 2006.


    chaque rentrée sa polémique, sa dispute, ses invectives. L'année dernière, c'était le gros roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, qui avait suscité des commentaires opposés et des critiques passionnées - ou passionnelles. Cette année, c'est une autre querelle qui éclate, plus brutale et personnelle. Elle touche deux auteurs importants de la même maison, POL : Marie Darrieussecq, dont le premier roman, Truismes, avait paru en 1996, et Camille Laurens qui avait sorti son premier livre, Index, cinq ans plus tôt. La première publie en cette rentrée son huitième roman, Tom est mort. Comme son titre l'indique, le livre raconte une mort, celle d'un enfant, dix ans plus tôt. C'est la mère qui est la narratrice. C'est elle qui parle tout au long du livre, à la première personne. Or Marie Darrieussecq n'a jamais connu un tel deuil.



    Quant à Camille Laurens, elle avait publié, toujours chez POL, en 1995, un court récit, Philippe, relation de la mort de son bébé, l'année précédente, deux heures après sa naissance. C'est sur ce livre, et donc sur cette réalité du deuil qu'elle s'appuie dans un texte intitulé "Marie Darrieussecq ou le syndrome du coucou", à paraître au début de septembre en tête du dernier numéro de La Revue littéraire, publiée par les éditions Léo Scheer (no 32, automne 2007).

    C'est en juin, à Toulouse, que Camille Laurens apprend, raconte-t-elle, l'existence du livre de Marie Darrieussecq. Elle constate alors une certaine gêne de sa consoeur et de l'éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, pour lui en parler. "... Je me suis sentie soudain menacée, mais sans savoir de quoi."

    Elue entre-temps jury du prix Femina, Camille Laurens lit quelques jours plus tard Tom est mort, dit-elle, "dans un vertige de douleur, le sentiment d'une usurpation d'identité, la nausée d'assister par moments à une sorte de plagiat psychique". Elle rappelle ensuite une autre polémique, qui avait été lancée en 1998 par Marie NDiaye contre Marie Darrieussecq qui publiait alors son deuxième roman, Naissance des fantômes. La première accusait la seconde non de "plagiat" mais de "singerie" de ses propres romans. La querelle avait fait long feu.

    Estimant que l'écrivain - mieux que le critique ou l'éditeur - "sait ce qui lui appartient", Camille Laurens écrit : "J'ai eu le sentiment, en le lisant, que Tom est mort avait été écrit dans ma chambre, le cul sur ma chaise ou vautrée dans mon lit de douleur. Marie Darrieussecq s'est invitée chez moi, elle squatte." Pour étayer ses accusations, elle affirme avoir "aisément" reconnu des "passages de Philippe, mais aussi de Cet absent-là où (elle) évoque cet enfant perdu (...) : phrase ou idée, scène ou situation, mais aussi rythme, syntaxe, toujours un peu modifiés mais manifestement inspirés de mon épreuve personnelle et de l'écriture de cette épreuve." Parmi les quelques exemples qu'elle cite, celui-ci : "Je ne suis pas le corps, je suis la tombe." (Philippe) ; "Sa terre natale, moi. Moi, en tombe." (Tom est mort). "Je ne dis pas que le piratage soit constant, mais les occurrences suffisent à créer une tonalité, un climat littéraire et stylistique, sur lesquels je ne peux pas me tromper", conclut-elle sur ce point.

    Pour Camille Laurens, Tom est mort "pose la question de l'obscénité et du cynisme" dans la mesure où Marie Darrieussecq, n'a pas, comme elle, vécu directement le drame de la mort de son enfant. "Au bout du compte, mise à part l'émotion facile et prompte, quel est le projet d'un tel déploiement sur un "thème" aussi consensuel ?", s'interroge-t-elle, avant de dénoncer "l'ambiguïté de l'instance narrative" : "La mort, d'accord, mais pour de faux. La mort, c'est du roman !"

    Enfin, faisant allusion au second "métier" de Marie Darrieussecq, la psychanalyse, Camille Laurens rappelle que la psychanalyse comme la littérature ont en commun une même "exigence de vérité" et ajoute : "La vérité ne va rien chercher en dehors d'elle-même - et surtout pas dans le discours des autres". En conclusion, elle grince : "Rappelons donc à la thérapeute distinguée comme à la romancière à succès qu'on n'endosse pas la douleur comme on endosse un chèque."

    Marie Darrieussecq, auteur d'une thèse sur l'autofiction, qu'elle ne pratique pas dans ses romans - à la différence de Camille Laurens - avait rendu hommage à celle-ci, et à son livre Philippe, dans un entretien à la revue professionnelle Livres Hebdo (du 29 juin), "l'un des livres pour lequel j'ai choisi POL". Anticipant peut-être la polémique elle avait déclaré : "Sans doute est-ce une grande transgression d'écrire une fiction avec la mort d'un enfant, mais avec les tabous, on ne peut pas écrire. Si l'on pense qu'il y a des sujets interdits, autant ne pas écrire."

    Jointe au téléphone, Marie Darrieussecq, très émue, se dit "calomniée" par Camille Laurens. "C'est une lutte haineuse où un écrivain veut tuer un autre écrivain", affirme-t-elle. C'est un "ignoble concours de douleurs" ressenti à la lecture de son texte. "Je suis mise en demeure de me justifier pour avoir osé parler de la mort des enfants." Puis elle explique : "On n'écrit pas Tom est mort sans raison. Mes parents ont perdu un enfant. Il y a eu chez eux une forme de silence que je respecte, admire. Je ne suis pas moins légitime comme soeur que comme mère endeuillée. Il y a une universalité de la douleur." A propos de la justification par le seul vécu, qui pose la question de l'autofiction, Darrieussecq ajoute : "Je suis un écrivain de fiction et j'ai voulu, dans un récit décalé, décrire les étapes de la douleur. J'ai cherché à être ce "je", cette première personne... J'ai pensé à Françoise Dolto qui parle des universaux du deuil. Les mères endeuillées ont toutes les mêmes cris."

    Quant à Paul Otchakovsky-Laurens, il nous a dit son intention de répondre à Camille Laurens, dont il annonce qu'il n'éditera plus les livres.

     

     

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